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Critique littéraire « Le roman que je voulais lire depuis longtemps »

Posté le 1 septembre 2020 par

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Le dévorateur sur son blog

Extraits

CE QUE J’EN AI PENSÉ

J’ai adoré ! Les Déliés est un de mes romans préférés de cette rentrée littéraire 2020 ! J’espère qu’il fera parler de lui.

C’est un roman riche, dense, foisonnant d’idées. On s’attache très vite aux personnages principaux et on lit de plus en plus vite pour savoir ce qu’elles ont réussi à faire, dans quelle direction le monde va à la fin du récit. C’est un roman plein d’espoir, qui donne envie de se battre. À rebours de ce qu’on peut lire depuis un moment : des dystopies anxiogènes, qui paralysent et attristent.

Les Déliés est le roman que je voulais lire depuis plusieurs années : un roman novateur, qui secoue la littérature de l’imaginaire, qui propose des solutions. Mais surtout un roman porté par la joie, et qui donne de la joie. Une excellente lecture, que je ne suis pas près d’oublier !

L’HISTOIRE

Cinq femmes en terrasse d’un café, une constatation : il faut bouger les choses. En commençant a priori petit – une simple histoire de mots – elles parviennent à rassembler de plus en plus de monde autour d’un projet : La Plateforme. Ce projet grandit en même temps que le monde commence à changer. Le rapport de force s’est inversé. Les militant·es, les citoyen·nes, les zadistes reprennent petit à petit contrôle sur la vie publique, sociale, politique, économique. Jusqu’à ce qu’un retour en arrière ne soit plus possible et que le groupe se déchire sur une question : peut-on continuer à changer le monde en s’accrochant à notre démocratie ?

Un roman politique : le retour de l’utopie

Les Déliés est un roman hautement politique. D’abord au sens littéral. Il parle du monde dans lequel on vit, du monde dans lequel on aimerait vivre. Des solutions qui s’offrent à nous pour le changer. Dans Les Déliés, la politique est présente partout. La politique n’est plus affaire des politicien·nes, mais de tout le monde. La politique est au centre de la vie des personnages de ce roman : dans les discussions et les débats, dans les rêves, les problèmes et les solutions.

Et cette idée même est politique. On a besoin de solutions et de rêves. Parce que j’ai l’impression qu’en ce moment, on préfère lire des articles et des essais catastrophistes, des dystopies qui font froid dans le dos et nous glacent. Littéralement. La peur amène l’inertie. Sandrine Roudaut prend le contrepied de cette tendance ambiante. Elle ramène au goût du jour l’utopie. Une utopie 2.0, revisitée pour 2020. Une utopie vivante et réaliste, qui donne des fourmis dans les jambes. Un roman qui donne envie de se lever, de danser, de reprendre en main la politique qu’on a laissée à des politiques.

Des personnages qui portent l’espoir

Mù, Soie, Soudan, Éter et Bul, des femmes au cœur du roman, au cœur du changement. Qu’est-ce que ça fait du bien ! (poke à Alain Damasio) Leurs conjoints et leurs amis relégués au second plan. Des femmes avec leur vie, leurs familles, leurs espoirs, leurs ras-le-bol, qui décident de prendre les choses en main. Qui nous rappellent que le changement ne peut venir que de nous. De notre volonté, de notre résistance. Que ça commence avec une poignée de personnes qui se rebellent, qui disent non, pour que d’autre suivent.

Le roman est dense et il aborde de nombreux sujets militants et politiques : écologie, ZAD, démocratie, lobbys, capitalisme, hackers, féminisme, post-colonialisme, etc… Cela pourrait en rebuter certain·es. Mais j’ai trouvé qu’il était très intelligemment écrit. Parce que la plupart des questions politiques et stratégiques sont soulevées et débattues dans les dialogues. C’est fluide, c’est vivant, c’est réaliste. Ça fonctionne et pour moi c’est beaucoup plus efficace qu’un essai. Parce que les romans font ressentir des émotions et Les Déliés ne déroge pas à la règle. À la lecture, j’ai ressenti de la colère, du dépit, mais surtout ça m’a redonné espoir, ça m’a remotivé.

POURQUOI LIRE Les déliés ?

  • Le livre : Les déliés est le premier roman de l’essayiste Sandrine Roudaut, auteure de L’Utopie, mode d’emploi et Les Suspendu(e)s
  • Le décor : entre le Maroc et Paris, en passant par Saint-Malo et la Mongolie, les personnages de ce roman nous font voyager
  • Le genre : c’est un roman riche et foisonnant, faisant renaître le genre de l’utopie, à rebours des dystopies revenues à la mode
  • Le style : la plume de Sandrine Roudaut est fluide, et même si le texte est dense, les dialogues animent le récit qui se lit finalement très vite