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« Les Suspendu(e)s » , le discernement pendant l’accalmie

Posté le 6 mai 2022 par

 

Retour sur un enchainement qui pose question. Avant que la folie de ce monde ne reprenne… prenons le temps du discernement.

« On peut faire taire le plus petit début de conscience, de doute ou d’indignation avec le mobile de la « nécessité ». Hannah Arendt

 

Il y a encore peu de temps, mars 2022, la « nécessité » était telle que pour elle nos vies étaient encadrées, des accès interdits, l’intime sur la table, nos corps livrés à une science sans recul, les libertés écornées. Nous étions « en guerre » contre un virus. Tout esprit critique sur ce qui se passait était suspect, ennemi. Et puis paf, autre séquence médiatico-politique, disparition. « La nécessité » est devenue aussi absente et inoffensive qu’elle était menaçante et accusatrice. Du jour au lendemain, plus de péril en nos demeures. Une nouvelle nécessité, une autre guerre, l’Ukraine, du matin au soir aux infos. Quant au rapport du Giec, le quoi ?

On nous dit où regarder. Quelles morts compter.

Oui c’est le printemps, on a envie d’oublier. Comme si rien ne s’était passé. Nouvelle séquence politique, nouvel agenda médiatique. Mais cela peut revenir, quoi de plus délicieux pour le pouvoir que l’arme de la nécessité, quoi de plus efficace. C’est assez vertigineux de regarder nos vies manipulées. En cette période d’entre-deux, un peu moins épidermique, peut-être est-ce le moment de se replonger dans ce qui se cache derrière. Non pour juger, les donneurs de leçons on en a eu suffisamment, mais pour comprendre, à froid, retrouver du discernement, moins de binarité et je l’espère être moins dupe à l’avenir.

Souvenons-nous juste qu’il y a 2 ans (une éternité) des gens se révoltaient des premières mesures restrictives, annonçant qu’on nous imposerait le pass vaccinal. Le Président, promettait alors que par tous les saints de la démocratie il s’en portait garant : pas de ça chez nous ! Les premiers furent considérés comme des complotistes, le second se renia sans vergogne. En ayant soin d’exempter députés et policiers, et de punir et mettre au chômage les soignants qui ne s’y plieraient pas*.

Vos corps nous appartiennent. Les applaudissements c’était avant.

Un haut fonctionnaire d’Etat, dirigeant les hôpitaux, « s’interrogea sur le bien-fondé de la gratuité des soins pour les non-vaccinés » une première ségrégation…. Et après ? Les mal-bouffeurs, les clopeurs, les alcoolo, les toxico, les faiblards, les petits-cons qui font du ski ou du skate (vocabulaire tentant de se rapprocher d’un mix cliché/mépris antivaxx/emmerdeur). Tant qu’il y a un bouc émissaire, tant qu’on est du « bon côté », qui pour regarder ces lits d’hôpitaux qui ferment, ces collèges, lycées sans purificateurs d’air , ces profs faisant cours la fenêtre ouverte par 2 degrés, ces morts par pollution de l’air qui sont plus nombreux que ce péril, chaque année, et ces jeunes en détresse + 40 % de tentative de suicide… allez faisons-leur payer la Fac…

Le printemps est là, on voudrait penser à autre chose, alors pensons aux printemps citoyens.

Replonger dans « Les Suspendu(e)s, ce livre publié fin 2016, c’est comprendre comment certains, certaines décryptèrent des ordres absurdes, résistèrent à l’injustice, à la diversion qui camoufle tout un système. Pour en sortir par le haut.

« Politiquement, la faiblesse de l’argument du moindre mal a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal. »  Depuis des mois les mots de Hannah Arendt me hantent. Mais aussi les avertissements de Germaine Tillion sur les ennemis complémentaires, les explications des historiens sur la mise en place progressive de croyances, les expériences de Milgram, les parallèles avec le « délire logique », la spirale de l’ignoble, le consensus apparent, le piège du conformisme, les « gel de la décision », les clichés, diviser un peuple, la propagande, la participation des intellectuels et des journalistes…

 

Au fil des recherches et croisements, ce livre raconte que nous sommes tous et toutes vulnérables, tous et toutes tentés par la soumission à l’autorité dans le feu du moment, mais qu’il est tout aussi possible d’apprendre, de grandir, pour être vigilant dans la séquence qui va suivre.

* Ironie ces soignants et soignantes ont créé des associations « les Suspendu(e)s ».

Article de Sandrine Roudaut

Vous pouvez écouter quelques extraits de ce livre, ici ou sur votre plateforme de musique. #Podcast #Lecture

 

« Les Suspendu(e)s» est paru aux éditions La Mer Salée en novembre 2016. Vous pouvez le trouver dans toutes les librairies ou sur ce site .

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Dérives auditives autour des livres de la Mer Salée, une maison d’édition chercheuse-semeuse d’idées et de désirs pour un autre monde. En jaquette de fond l’installation artistique de Jorge Méndez Blake.  Photo de Sandrine @ladydenantes @valerielouisgaubert

 

PITCH DE CE LIVRE    Êtes-vous un(e) suspendu(e) ? Qui sont ces hommes et ces femmes qui font le choix de désobéir pour défendre leurs utopies de justice, de liberté, d’humanité?

À travers l’étude d’expériences scientifiques (Milgram, XTreme…), l’analyse des mouvements de résistance, de refusance, les grands soulèvements sociaux, les révolutions et leurs héros, leurs héroïnes, l’auteure tente de comprendre pourquoi l’être humain se soumet si aveuglément à l’autorité, au conformisme et la résignation. Elle décrypte ce qui fait la force de ceux et celles qui ont su désobéir et contester leur époque, comment leurs utopies sont devenues nos évidences contemporaines. Ces minorités qui se battent pour la liberté en dépit de la soumission de la majorité.

Notre époque est à la fois tragique et sublime… Tragique car nous affrontons une série de défis : écologie, violence, déroute politique, manipulation médiatique, lobbying mortifère, perte de sens. Sublime car nous avons une nouvelle fois un rôle à jouer, une liberté à exercer, l’opportunité de nous accomplir individuellement et collectivement.

Au travers de ces recherches l’auteure en vient à cette question existentielle: et si l’engagement était source de joie ? Et si les burnout, la peur et le besoin de sens, étaient les symptômes d’un renoncement à soi, à ses valeurs ? Nous vivons une période historique. Elle nous tend les pires pièges, dont celui de nous opposer, elle nous donne aussi l’occasion unique d’accomplir notre utopie d’être, entre projet personnel et destin collectif.