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Something happened

Posté le 21 septembre 2014 par

Deux jours avant le sommet de l’ONU, une nouvelle fois qualifié d’historique, une marche s’est organisée dans plus de 2500 villes dans le monde. Une manifestation pour faire pression sur un sommet international on a déjà vu cela. Et si l’événement n’était pas ce sommet convoqué d’urgence mais cette marche ?

Entre impuissance, intérêts conservateurs et déni, nos élites passent à côté de l’urgence des enjeux. Les citoyens eux, en prennent la mesure. Ce dimanche il ne s’agissait pas simplement d’aller marcher pour le climat, mais d’exprimer un même désir d’autre chose. 400000 personnes ont défilé dans les rues de New York, les images de 2500 manifestations dans le monde pour les soutenir. Une même revendication monte partout dans le monde, elle signe la fin d’une illusion partagée : l’idéal occidental. Notre modèle est devenu illégitime et inopérant. La mondialisation économique a fait naitre la mondialisation des problématiques. Un même peuple est soumis aux mêmes limites, aux mêmes désordres écologiques, aux mêmes pressions sociales. La contestation se mondialise. Une somme d’individualités refait destin commun. Elle a pour elle le pouvoir de la multitude et l’outil qui permet d’être informé et de se mobiliser à grande échelle : le numérique. Nous sommes connectés, en empathie, nous diffusons, partageons, collaborons, nous nous comptons, de plus en plus nombreux. Ce ne sont plus quelques écolos qui défilent. Les citoyens qui ont marché ce week end, en éveilleront d’autres. Ceux-là viendront peut-être grossir les rangs de la prochaine.

Cette marche a gagné dans tous les cas : que des décisions importantes soient prises ou que le sommet de L’ONU soit un échec. Plus nos élites sont conservatrices, plus les réponses politiques sont décevantes, plus les lobbys apparaissent de manière criante, et plus l’indignation enflera. Leur immobilisme précipite leur remise en cause.

Cette marche n’est qu’un épiphénomène d’une révolution plus profonde.

À mesure que nos élites se décrédibilisent, le bas s’organise. Les individus s’affranchissent, affirment leur autonomie, luttant contre le sentiment d’impuissance. Une nouvelle société émerge sans y être invitée. De nouvelles formes de consommations court-circuitent les modèles classiques : occasion, covoiturage, troc, achat partagé… De nouvelles résistances ordinaires s’installent pour reprendre le contrôle d’une vie devenue oppressante : la sobriété heureuse, le slow, la déconnexion, la proximité, la consommation bio… Rien de flagrant et peu de revendications finalement, mais mis bout à bout ces microcomportements convergent vers un même mouvement social de fond. Encore considérés comme marginaux ou déviants, parce qu’en désaccord avec les normes sociales toujours en vigueur, ce sont les signes d’une société qui se construit sur les soubresauts de l’ancienne. Une nouvelle société d’affranchis est en marche. Ce n’est que le début.

Si le renversement du système pour un autre modèle est inéluctable,  il n’arrivera pas de manière propre et nette, du jour au lendemain. Il ne faut pas attendre de révolution civile organisée, mais guetter les fissures. La marche de dimanche en est une.

Sandrine Roudaut – Article publié dans Le Nouvel Obs Plus